Il est 20h la plupart de vos collègues sont rentrés chez eux depuis bientôt 2h. Ce n’est pas comme si c’était exceptionnel. Cette situation se répète déjà depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois. Votre acharnement au travail vous cause des problèmes dans vos relations familiales et pourtant c’est plus fort que vous. Votre travail est plus important que tout. Vos discussions ne tournent qu’autour de votre activité professionnelle. Vous êtes ce qu’on appelle un « workaholic » (contraction du mot « work » qui signifie « travail » en anglais et « alcoholic » qui signifie alcoolique). Dans la langue de Molière on dirait plutôt que vous êtes « accro au travail ».

Le plus préoccupant avec le workaholisme est que cette surcharge de travail n’est pas forcément imposée par vos supérieurs hiérarchiques mais elle est imposée par vous-même et votre conscience professionnelle. Tôt ou tard cette situation, si elle perdure, sera la cause de problèmes bien plus grave. Le burn out est un engrenage dont on ne se sort pas facilement.

On peut donc se poser la question de savoir pourquoi vous donnez autant d’importance à votre travail ? 

Les récompenses et les sanctions construisent notre « estime de soi ».

Pour comprendre d’où vient cette obsession nous devons revenir quelques années en arrière et analyser ses éléments qui ont construit notre identité. Nous allons chercher dans nos souvenirs à quoi étaient liés les moments agréables qui vous donnaient le sentiment d’être aimé, et valorisé. Nous allons aussi nous intéresser à ces moments désagréables, ou ces remarques qui vous blessaient et avaient pour conséquences de vous isoler.

Pour cela posons-nous les questions suivantes : Quand est-ce que vos parents étaient fiers de vous ? Quand est-ce que, au contraire ils n’étaient pas du tout contents ? Quand est ce que vos instituteurs vous valorisaient ou vous humiliaient ? Quand est ce que vos camarades vous entouraient pour vous taper la main ou se moquaient de vous ?

Ces questions sont importantes pour comprendre quelles étaient les « logiciels » et « les discours qui nous ont formatés tout au long de notre enfance. Ces discours sont à l’origine de la fondation de notre estime personnelle. Savoir répondre à ces questions permet aussi de se déculpabiliser. Si le travail est si important pour vous c’est parce que c’est de cette manière qu’on vous a programmé. Vous êtes, comme on l’est tous, influencés par un conditionnement familial et culturel.

récompense

Un rapport au travail difficile

Pour bien comprendre d’où vient cette idée que le travail doit être privilégié par rapport à tous les autres secteurs de votre vie, nous allons nous poser la question de la représentation du travail dans notre société. Tout d’abord, intéressons-nous à la signification du mot « travail ». Si nous sommes disposés à souffrir pour notre travail c’est que peut-être nous sommes convaincus que celui-ci doit se faire dans la souffrance.

Racine du mot travail

Le mot « travail » vient de la racine latine Tripalium qui était un instrument de torture composé de 3 pieux. Ce mot signifie, « douleur ou souffrance », Il était utilisé en particulier pour qualifier ce que peut endurer une femme qui accouche. Nous continuons d’ailleurs à l’utiliser dans ce contexte : on parle encore de « salle de travail » ou d’une « femme en travail ».

 

instrument de torture

La famille

Nous nous forgeons nos conceptions de la réussite et du monde du travail depuis notre plus jeune âge. Cette conception nous a été transmise par nos parents et par le contexte culturel dans lequel nous avons évolué.

Nos parents nous transmettent ces idéologies à travers leur vécu personnel. Et bien souvent, c’est à travers les cicatrices qui les ont marqués et qui ont forgés leur propre système de valeurs.

Quel que fut leur activité, nos parents n’ont eu, qu’à quelques rares exceptions près, aucun désir d’épanouissement au travail. Pour eux le travail n’était synonyme que de pénibilité et de dur labeur. Ils ne s’en plaignaient pas d’ailleurs. C’était comme ça ! C’était une manière de gagner de l’argent pour mettre sa famille à l’abri du besoin et le plaisir n’avait rien à y voir.

mineur porte un sac de charbon

« Il faut gagner son pain à la sueur de son front »

Cette allusion à la bible n’est pas une vaine phrase à leurs oreilles. Leur discours reflète assez justement cet aspect et ne laisse aucune ambiguïté quant à la place du bien-être, et de l’épanouissement.

Un discours qui nous rend accros au travail

Voici un florilège de phrases que l’on entendait et qu’on continue à entendre dans de nombreuses familles.

  • « Si tu veux du travail il faut être bon à l’école »
  • « Il faut être le premier » 
  • « Tu ne feras jamais rien de ta vie ! »
  • « Regarde un tel, il sort jamais de chez lui. Il étudie toute la journée »

Ces phrases montrent que notre travail à l’école était le sujet principal de leur système de récompenses ou de sanctions. Si on travaillait bien à l’école tout allait bien et on était récompensé. Si au contraire nos notes n’étaient pas satisfaisantes les étiquetages négatifs étaient fréquents et les sanctions diverses et variées. Certaines fois les réprimandes pouvaient se transformer en coups chez les parents les plus violents. Je me souviens encore de certains de mes camarades qui n’osaient pas rentrer chez eux le jour de la remise des bulletins scolaire de peur de se faire battre par leurs parents.

Les enfants qui ne sont pas très doués à l’école accumulent un déficit de confiance en eux car ils reçoivent des étiquetages négatifs de la part de tout leur environnement socio-culturel. Ils se croient bon à rien sous prétexte qu’ils n’avaient pas de bons résultats. Ne pas être bon à l’école signifie être un raté et prédit un échec futur.

La vie ne s’arrête pas au travail

Le travail à l’école n’est pourtant pas l’unique critère sur lequel les parents peuvent et doivent se focaliser pour récompenser ou réprimander les enfants. Il en fait partie je suis d’accord, mais pourquoi ne pas récompenser et donc encourager l’accomplissement des tâches ménagères, la créativité, les performances sportives, l’application, la persévérance, la force de caractère, la coopération etc. ? Ces missions me paraissent, elles aussi, importantes pour faire des adultes équilibrés et épanouis.

La raison de cette prédominance des résultats scolaires sur tout le reste est due à la croyance que c’est par l’école que nous aurons accès aux carrières les plus prestigieuses et aux meilleurs salaires. En faisant des études brillantes nous serons épargnés par la pauvreté et la misère. En poussant un peu plus loin le raisonnement on pourrait conclure que :  Nous avons été élevé dans un environnement ou le discours était : Seul l’argent compte.

Le conditionnement par l’école

L’école qui est censé être un lieu d’apprentissage où on développe le sens critique et sa propre vision de la vie n’est malheureusement qu’un système de sélection pour orienter ceux qui sont les plus doués à régurgiter leur leçon vers les filières de directions et les autres dans des rôles de subalternes.

L’école contribue au conditionnement et à la préparation des enfants à devenir des salariés dociles au lieu de leur servir des connaissances grâce auxquelles ils pourront trouver une voie dans laquelle ils pourront s’épanouir.

L’école est construite sur le modèle d’une usine

Le monde de l’école est très proche du monde de l’entreprise. Avez-vous remarqué à quel point l’école est organisée comme une usine?Nous sommes préparés à devenir des salariés employables et dévoués aux monde de l’entreprise.

les bacs de l'école

  • La connaissance est standardisée pour que le maximum d’élèves la consomme vite.
  • Le début et la fin des cours sont signalés par des sonneries.
  • Les cours les plus importants sont les maths et le Français. Ceci est un héritage de l’ère industrielle. En effet ces matières correspondaient aux besoins pour le travail administratif qui demandait ses qualifications particulières pour écrire des courriers ou tenir les comptes.
  • C’est déjà à ce moment que la compétition entre les camarades s’installe. Au travail, la compétition est encouragée pour obtenir les meilleurs résultats.
  • Les pièces en bon état continuent leur chemin sur la chaine, les pièces défaillantes sont écartées.

Cliquez sur le lien suivant pour regarder une vidéo sur ce sujet https://youtu.be/W08UIK70MzU

Un autre modèle est possible

On pourrait se dire que de toute façon il n’y a aucune alternative à ce genre de modèle car il est reproduit partout à travers le monde. Détrompez-vous les pays scandinaves ont décidé de mettre l’enfant et ses besoins au centre de l’éducation. Les résultats des études PISA qui les classent parmi les élèves les plus performants valident ces nouvelles initiatives.

  • Les enfants sont classés par niveaux selon les matières.
  • Ils n’ont pas ou peu de notes pour éviter de leur coller des étiquettes négatives
  • Les enfants proposent des solutions pour résoudre les problèmes liés à l’organisation de l’école.

La société

Le travail définit notre identité.

Lorsqu’on nous demande de nous présenter on commence généralement par notre prénom, on continue certaines fois par notre âge et puis forcément on enchaine par notre travail. Comme si notre travail était important au point de définir notre identité.

Je me souviens encore de la manière dont je me présentais au tout début de ma carrière. Je disais « je travaille dans la finance ». C’était un terme à la fois flou et prestigieux qui me permettait d’avoir un certain « standing ». Si je devais en parler maintenant je ne le présenterais pas de la même manière. Cette attachement à l’image que nous procure notre travail nous incite à y être fidèle et à s’y référer.

passeport argent

Le statut social

Le travail est utilisé pour briller en société. Pour certains les niveaux de salaire ou les avantages en nature nous donne un statut social. On conduit des voitures de luxe mise à disposition par l’entreprise. Chaque avantage, chaque prime, chaque promotion, chaque investissement, l’école où sont inscrit les enfants sont autant d’éléments utilisés pour briller aux yeux de ses collègues ou impressionner ses parents. On court derrière des fantasmes qu’on ne réussira jamais à satisfaire complètement.

Cette quête de statut nous encourage à travailler plus pour gagner plus et avoir encore plus de succès. Nous ne ménageons plus nos efforts et nous y devenons accro. Cette quête de reconnaissance dans les yeux de l’autre est vouée à l’échec sur le long terme car elle aboutit à l’épuisement et à la dépression.

Des services qui vous rendent accro au travail

Les entreprises font en sorte de se charger de services annexes au travail pour que vous soyez encore plus performant.

  • Vous voulez faire du sport? La salle de sport est au sous sol
  • Vous n’avez pas eu le temps d’aller chez le coiffeur? appeler la concierge elle prendra rendez vous pour vous.
  • Vous en avez marre de repasser vos chemises? Déposez les et revenez demain.

Cette hyper optimisation des services vous incite à être encore plus productifs et efficaces dans votre tâche principale « enrichir votre employeur ». Tout est fait pour que vous restiez dans l’enceinte du bâtiment le plus longtemps possible.

Le besoin d’être aimés.

L’humain a besoin de reconnaissance. C’est un besoin vital que l’on manifeste dès nos premières années de vie. Nous recherchons cette reconnaissance de la part de nos camarades de classe, de nos professeurs, de nos parents, de nos collègues ou de nos amis. Certaines attitudes ou comportements nous donnent le sentiment d’être aimé et accepté. D’autres attitudes nous donnent le sentiment d’être mal aimés et nous isolent. Si nous montrons que nous sommes volontaires et prêt à faire des heures supplémentaires, nous serons considérés et récompensé par l’entreprise. Au contraire partir à l’heure est interprété comme un manque d’engagement et une marque de faiblesse surtout en France.

C’est ce besoin de reconnaissance qui nous pousse à agir de manière à vouloir plaire et donc à nous conformer aux valeurs et aux critères des autres même si celles-ci ne sont pas alignées sur nos convictions ou nos propres valeurs.

Cet article n’est pas un pamphlet contre l’école ni contre la société moderne. Il s’agit juste d’identifier les influences qui nous poussent à faire de notre travail une valeur supérieure aux autres. Donner de la valeur à son travail n’est pas un problème en soi au contraire. C’est quand il prend toute la place au détriment de la famille, des loisirs, de la spiritualité, de la santé qu’il devient nocif.

Plus important encore il est vital pour chacun de se détacher et de se libérer de ce formatage pour rééquilibrer nos vies et accorder davantage de place à nos relations et à ce qui fait une vie plus épanouie. Pour cela nous devons nous reconstruire une identité propre et prendre en comptes nos propres besoins.

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Et vous quels sont les phrases qui vous ont conditionnées à agir comme « la société le veux »?

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